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Vanessa Barros empowhers

 Qui êtes-vous ?
Je suis une citoyenne du monde. J’ai des origines portugaises mais j’ai vécu un peu partout. Mes enfants ont mes deux nationalités et la nationalité britannique de leur père en plus. Pour la coupe du Monde c’est pratique !

D’où venez-vous et où en êtes-vous actuellement ?

J’ai été élevée entre la France et le Portugal, moitié moitié je dirais.

J’ai entamé une carrière internationale dans la Publicité après des études à l’ESSEC. Au bout de deux ans chez Saatchi & Saatchi Paris, j'ai eu très envie de retourner aux États-Unis où j'avais fait mon stage de fin d'études (Los Angeles) car j'avais beaucoup apprécié ce pays. J’ai commencé à préparer un MBA pensant que c'était le seul moyen pour moi de retourner aux Etats-Unis. Quand un de mes supérieurs hiérarchiques l'a appris, il m'a dit : « au lieu d'aller dépenser de l'argent aux États-Unis est-ce que tu ne veux pas plutôt aller en gagner ? ». Il m'a promis de me transférer à l’Agence de New-York, ce qu'il a fait au bout de six mois. Je suis donc partie à New York pour Saatchi & Saatchi New York.

À Paris, j'étais sur les budgets Procter & Gamble (P&G), Danone et Lolita Lempicka. Une fois à New-York, j'ai continué à travailler sur P&G. C'est un client avec une très forte culture d'entreprise. Quand on a travaillé avec eux quelque part, on a le mode d'emploi et les outils pour travailler avec eux partout dans le monde. La transition a été aisée. J'ai adoré mon expérience à New-York. 27 ans, célibataire, vivant dans le East Village et allant en vélo pour rejoindre le bureau… Une expérience de rêve !

Ensuite je suis partie en mission à Miami, toujours pour la même Agence, pour m'occuper du compte Delta Airlines sur l'Amérique Latine. J'avais une campagne à développer en un temps record sur neuf pays d'Amérique Latine et devais réorganiser l’équipe. Ce n’est qu’au bout d’un mois que je me suis rendue compte que l’hôtel dans lequel j’habitais était au bord de la mer. Je travaillais vraiment beaucoup.

Un jour, un chasseur de tête m'a appelée pour le proposer un poste en Asie Centrale pour McCann-Erickson. Il m'a parlé de l'Ouzbékistan et du Kazakhstan. A l'époque je n'avais aucune idée d’où c'était. Je me suis donc renseignée ! (rires). J'y ai vu de l'aventure et comme je me suis très bien entendue avec celui qui devait devenir mon supérieur hiérarchique, je me suis dit « pourquoi pas ?! » et je suis partie. J'ai également sauté le pas car cela me permettait de prendre la main sur la gestion d’entreprise plutôt que d'être seulement sur la gestion de comptes publicitaires. J'étais vraiment gérante d'entreprise puisque j'avais deux agences, l'une en Ouzbékistan et l'autre au Kazakhstan. J’avais un appartement dans chaque ville et je partageais mon temps entre les deux capitales.

C'est là que j'ai rencontré le père de mes enfants. Je suis tombée enceinte et je suis rentrée en Europe, pour rejoindre l’agence à Londres. Mes trois garçons (Léo 16 ans, Adrian 15 ans et Thomas 13 ans) sont nés à Chelsea et toujours fervents supporters ! J'ai ensuite été embauchée par Euro RSCG Londres, du groupe Havas et plus tard BETC. L’aventure a duré sept ans. En 2011, on m'a proposé de partir à Singapour pour reprendre le compte Pond’s chez Ogilvy.


Avec une carrière internationale comme la mienne, la question des relations interculturelles s’est posée très tôt. C’est paradoxalement lorsque je suis rentrée en France après 15 ans d'expatriation (avant de repartir en Asie), que le choc culturel est devenu problématique. Je travaillais sur la marque Peugeot que j’ai gérée pendant plus d’un an avec BETC, une Agence bien française elle aussi à l’époque. L'univers client et agence était vraiment très franco-français et je me suis sentie comme une étrangère dans mon propre pays. C'est là que je me suis mise à réfléchir à la question de l’intelligence culturelle. J'ai commencé à créer des présentations pour mes collègues dans le but de mieux comprendre les équipes anglaises et américaines avec lesquelles nous avions beaucoup de mal à collaborer. Quand je suis arrivée en Asie, un ami de l'ESSEC qui suivait une formation inter-culturelle m'a laissé deux livres que j'ai lus. J'ai contacté les auteurs et aujourd'hui l'un des auteurs est ma directrice de thèse.

Ma thèse porte sur les conflits interculturels et comment les cadres supérieurs internationaux gèrent ces conflits. Je fais ma thèse à temps plein, c'est une aventure qui dure maintenant depuis cinq ans. Heureusement les thèses sont rémunérées (même si les salaires n'ont rien à voir avec ce que l'on peut toucher en tant que patron de grands comptes dans la Publicité) et je suis donc redevenue étudiante. Je me suis même installée un temps sur le campus. J’ai abordé ma thèse comme une expérience professionnelle. J’ai dû repartir à zéro et côtoyer des collègues de 25 ans ou moins alors que j’en avais moi plus de 40. Ils m’ont beaucoup appris !!!

Comment vous considérez-vous en 3 mots ?
Curieuse, enthousiaste, gitane.

Quel serait un jour normal dans votre vie ? 

Imprévu !

Si je regarde un jour normal au travail, depuis que j’ai démarré ma thèse: je vais au bureau, je lis, j'analyse des données, j'écoute les interviews que j'ai réalisées.

En tout, j'ai interviewé 240 personnes dans le monde entier avec 66 nationalités représentées. Des anciens ministres des Affaires Étrangères, des patrons de boîtes, des directeurs régionaux, des artistes, des dessinateurs. C'est mon travail de recherche et c'est intéressant car la connaissance devient votre capital le plus précieux. Je me suis rendue compte que je devais tout enregistrer quelque soit la forme de l'information. Qu'on lise, qu'on consulte un document, si on ne résume pas les choses de manière pratique et tangible cela peut être perdu car on oublie vite. Il faut garder des traces de ce que l'on sait sinon on perd du temps à les retrouver. Donc aujourd'hui mes journées se résument à essayer de ne rien perdre de tout ce que je fais !

J’acquière beaucoup de connaissances à travers les lectures que je fais sur le sujet qui m'intéresse : le conflit interculturel. Je peux m'intéresser aux conflits entre États, la guerre civile, le divorce, les conflits intra-personnels (au sein même d'un individu, avec la tension entre la vie de famille et la vie professionnelle). Et puis, bien évidemment, le conflit entre les personnes et surtout les personnes de cultures différentes.

Quelle expérience considérez-vous comme la plus impactante dans votre carrière aujourd'hui ?

S'il faut vraiment en choisir une je dirais que c'est la thèse car c'est une expérience personnelle tout à fait unique que j'ai la chance de vivre, surtout à mon âge, un âge où le cerveau acquiert la capacité d'intégrer le paradoxe, la contradiction. Ça a été un voyage initiatique fabuleux car j’ai pu tirer parti de tout ce que j'avais appris pendant 20 ans dans l'entreprise (comme le management, la gestion de projet, le professionnalisme) et le mettre en pratique dans le milieu académique.

L’apprentissage de la culture et des rapports interculturels est surtout un apprentissage de l'être humain et on apprend également beaucoup sur soi. J'ai la chance folle d'avoir une directrice de thèse qui comprend les rapports humains et la nécessité d'être totalement présent quand on est avec l'autre. Elle m'a donc poussée à faire de la méditation avec une femme qui est une psychologue spécialiste de la douleur chronique, une femme remarquable. La thèse a été un voyage initiatique absolument extraordinaire. 

C'est aussi une aventure incroyable car on apprend tous les jours ! J'ai dû revenir à des études de psychologie, de philosophie, de sociologie. Quand on analyse les différentes cultures on réalise que ce qu'on croit être universel en réalité ne l'est pas. On se rend compte qu'on prenait pour normales certaines choses et qu'en réalité elles sont extrêmement culturelles. D'un seul coup c'est tout notre monde qui est remis en cause par cette prise de conscience de la différence. Même après 20 ans d'expatriation et plus de cinquante pays que j'ai eu la chance de connaître plus ou moins bien tout au long de ma carrière, je me suis rendue compte que je ne connaissais rien à l'interculturalité ! (rires) Il a bien fallu que j'admette que j'avais tout à apprendre et évidemment plus j'apprends plus j'ai l'impression que je ne sais rien.

Cette démarche de thèse a coïncidé avec un moment de questionnement. Après 20 ans dans la pub je me disais que cela ne me suffisait plus. Je gravissais les échelons, j'étais attirée par l'évolution de ma carrière, les salaires qui allaient croissant, mais en arrière-plan, j'avais l'impression qu'il me manquait quelque chose, une stimulation intellectuelle, un besoin d'approfondir certains sujets. Ça a commencé à faire son chemin dans ma tête et c'est vraiment en Asie que c'est devenu une volonté très affirmée. 

J'arrive bientôt à la fin de ma thèse et je vois trois axes pour la suite. Le premier est l'enseignement car j'aime énormément le partage. C'est un échange à double sens entre ce que je peux éventuellement apporter à mes étudiants et surtout ce que j'apprends d'eux. Ensuite il y a la recherche. Je participe a des travaux de recherche au sein du Centre pour leadership et l'intelligence culturelle (CLCI), auxquels je suis affiliée dans le cadre de ma thèse. Après avoir étudié les rapports entre individus je vais m'attaquer à la question du conflit intra-personnel : comment, seul, un individu gère le conflit. Parce que dans le conflit il y a la gestion de l'autre mais également la gestion de soi. C'est donc le prochain chapitre de ma recherche. Troisièmement j'aimerais beaucoup travailler en entreprise, dans des registres de fusions/acquisitions, d'expansion géographique sur les thèmes interculturels. J'aimerais accompagner les cadres de haut niveau sur des questions managériales, de culture et de leadership. On objectif est de diviser ces trois activités 1/3, 1/3, 1/3.

Que feriez-vous différemment maintenant qu’il y a plusieurs années ?

J'ai une philosophie de vie qui est de ne pas avoir de regrets donc, je ne ferais rien différemment. Je deviens plus stratège avec l'âge mais j'ai toujours fait les choses par instinct. J'ai pris des décisions très tôt dans ma vie sans vraiment réfléchir, en suivant ce que je ressentais, ce dont j'avais envie sur le moment. Il y a, par exemple, beaucoup de gens qui m'ont dit qu'il fallait commencer par le marketing et que si je commençais par la publicité j'allais être bloquée dans ma progression de carrière. Mais moi j'aimais la publicité et c'est donc par là que j'ai commencé. J'étais la personne qui zappait les chaines pour tomber sur des publicités justement ! (rires). J'ai beaucoup de chance car cet instinct m'a toujours servi. 

La seule chose que j'essaie vraiment d'apprendre c'est de ne pas trop courir. Comme je suis avide de tout, j'ai cette tendance à vouloir tout faire en même temps et dois donc apprendre à me poser. Ceci est parfois en contradiction avec la personne que je suis vraiment. J'ai retrouvé des vidéos de moi il y a dix ou quinze ans où on voit bien que je ne suis pas vraiment là. J'ai l'air d'avoir plein d'autres choses dans la tête et je ne suis pas dans l'instant. C'est vraiment quelque chose que j'essaie d'améliorer car les moments sont précieux et si l’on n’est pas dans l'instant, ces moments sont perdus à jamais. J’essaie donc d'éviter cela à tout prix.

Quel conseil partageriez-vous avec les jeunes ?

Je crois qu'à tout âge, le pire ennemi que l'on peut avoir c'est la peur. Il ne faut donc jamais laisser la peur prendre le pas et vous posséder. C'est nous qui avons notre vie en main, quelque soit notre degré de spiritualité d'ailleurs. Je ne suis pas du tout déterministe. Mon conseil serait donc de ne pas avoir peur et de laisser libre court à ses passions.  L'un de mes fils aujourd'hui me dit qu'il veut devenir comédien. Il doit le tenter ! C'est sûrement le choix de carrière le plus difficile, le plus incertain et le plus compétitif mais si c'est réellement ce qu'il a envie de faire je ne vais certainement pas le pousser à faire une prépa par souci de faire ce qu’une certaine élite attend.

Un autre conseil serait également de se rendre disponible et volontaire. Car quand on est disponible les choses viennent à nous. Je parlais d'instinct tout à l'heure et c'est la même idée, je n'ai absolument pas planifié ma vie, tout est arrivé par opportunité car j'avais cette disponibilité dans le travail comme en amour ou en amitié.

Donc il est important de ne pas avoir peur et de se rappeler que l'on est bon que dans ce que l'on aime faire, peu importe le registre. Si on se force à plaire et qu'on ne fait pas vraiment ce que l'on aime, alors on se trompe soi-même et on trompe les autres. On ne sera jamais aussi bon que dans ce que l'on aime faire passionnément.

Un autre conseil qu’une femme CEO m’a donné est de se constituer un comité exécutif personnel : choisir parmi son entourage la personne qui pourra vous conseiller au niveau professionnel, la personne qui pourra vous aider dans votre progression, la personne à qui vous pouvez demander conseil et qui aura le courage de vous critiquer lorsque vous en avez besoin (très important d’avoir cette personne dans votre comité exécutif) … Ce comité exécutif vous suivra toute votre vie et sera d’une importance capitale. J’y crois beaucoup.

Il faut entretenir ses réseaux. Ecoles, centre d’intérêts, voisins, collègues. Des personnes m’ont renvoyé des ascenseurs plus de 20 ans après notre première rencontre. Il faut soigner les relations, respecter ceux qui peuvent paraître nos ennemis et s’en faire des alliés. C’est aussi très important dans la vie personnelle de s’entourer de personnes plus âgées mais aussi plus jeunes (on n’y songe pas toujours et c’est pourtant indispensable pour ne pas s’encrouter).

Ah et un dernier point : ne surtout pas attendre que ce soit le bon moment. Quand on a une forte envie de faire quelque chose il ne faut pas sacrifier son envie à sa carrière. Pour avoir des enfants par exemple ou pour partir dans une aventure personnelle. Si on attend que ce soit le bon moment, on ne fait jamais rien car ce n'est jamais le bon moment. On nous fait croire en entreprise qu'on est indispensable pour nous retenir mais on ne l'est pas et si les entreprises sont intelligentes elles s'adaptent pour nous garder. Donc il faut avoir le courage de ses envies. 

C'est aussi comprendre qu'il y a un temps pour tout. Quand j'ai eu mon premier enfant je courrais partout et j'ai rencontré une femme qui m'a dit qu'il fallait que je change de mode de vie car je ne pouvais plus vivre comme avant, mon emploi du temps était déjà surchargé. Moi je m'obstinais à l'époque, je devais faire rentrer cet enfant dans mon agenda sans changer de mode de vie. Quand je me demande ce que j'ai envie que mes enfants retiennent de moi, de leur enfance et de ma maternité je me dis que j'ai envie de leur avoir transmis ma curiosité et mon enthousiasme. Et également un capital social et intellectuel. Ce sont des choses qui se transmettent au fur et à mesure et qu'on ne peut pas faire tenir en une journée. J'ai donc beaucoup changé mon mode de vie et j'ai associé mes enfants à mes passions.


Comment priorisez-vous les choses/tâches dans votre vie quotidienne ?

J'ai choisi dès le départ de faire ce que j’aimais faire et de trouver le moyen de concilier vie amoureuse, vie de famille et vie professionnelle internationale. Il m’a fallu mettre en place une logistique efficace afin de pouvoir m’absenter une nuit ou deux à la dernière minute sans avoir à m’inquiéter de qui serait à la maison pendant que les enfants dormaient. J’ai aussi fait en sorte de ne pas sacrifier la vie de couple après l’arrivée des enfants. Nous avions au moins une sortie en amoureux par semaine. J’ai su m’entourer de gens de confiance avec qui j’ai construit des relations durables.

Une carrière internationale c'est aussi beaucoup de trajets. Pendant 10 ans je n'ai pas vécu là où je travaillais. Je prenais le Thalys tous les matins pour aller à Londres ou Paris depuis Bruxelles. C'est parfois épuisant d'un point de vue logistique, mais je trouvais que cela en valait la peine et j’avais l’énergie pour le faire. Je savais qu'une activité professionnelle qui me plaisait était ce qui allait m'enrichir et m'accomplir en tant que femme dans tous les rôles que j’avais à jouer.


Quelles sont vos facteurs clés de motivation ?

Ma principale source de motivation est ma volonté de savourer la vie pleinement, dans tous ses aspects et surtout de ne jamais partir vaincue. Dans la vie, quand on m'a fermé une porte, j'ai ouvert une fenêtre. Ma motivation c'est mon énergie de vie, c'est mon enthousiasme et ma volonté de profiter de tout : plein d'enfants, un homme, une famille, une carrière, de la connaissance, de la culture et de l’art. Quand m'a carrière m'a parue un peu limitée intellectuellement, moins stimulante, je suis partie vers cette aventure de thèse. Encore une fois, c'était pour m'accomplir et combler tous les vides que je pouvais avoir.

De manière générale, êtes-vous satisfait(e) de votre performance personnelle et/ou professionnelle aujourd’hui ?

Moi je suis assez contente... ! (rires) Je suis pas difficile et surtout je me dis que j'ai eu une chance folle dans ma vie. Avec tout ce qui se passe autour de la question de la femme dans le monde professionnel en ce moment, j'ai repensé à tous les hommes qui avaient été mes supérieurs hiérarchiques. Ils m'ont toujours traitée avec confiance et respect, ils ne m'ont pas harcelée, ils m'ont toujours tenu les promesses professionnelles qu’ils avaient faites, ils m'ont permis de partir à l'autre bout du monde. Et j'ai eu aussi la chance d'avoir le droit d'échouer. On m'a dit « on te confie cette mission et tu peux te planter ». Cela a été un très bon moteur de motivation car cela m'a surtout donné très envie de réussir ! De manière générale j'ai été très bien entourée, un de mes supérieur hiérarchique m'a d'ailleurs embauchée pour travailler à Londres alors que j’habitais Bruxelles. Il a tout à fait compris et accepté les ajustements que cela impliquait. Donc on a toujours géré, on s'est adapté. Aujourd'hui quand je regarde mes enfants je les vois indépendants, bien dans leurs baskets. Je réfléchis aux choix que j'ai fait et je me dis que finalement, ça va... tout s'est bien passé ! (rires)

D’après vous, quels sont les éléments clés pour finaliser des projets avec succès (d’un point de vue personnel et professionnel) ?
Et bien il faut finir ! Et quand on commence une thèse c’est bien là toute la difficulté. La persévérance est une qualité fondamentale. Donc il faut d'accrocher coute que coute, se battre contre vents et marées pour ses convictions. 

Je crois qu'il faut aussi être prêt à ne pas toujours tout réussir et quand c'est le cas, ne pas s'en vouloir à soi. Il faut être généreux avec soi-même, c'est très important. Il faut être humble également, avoir l'humilité et la lucidité de reconnaître quand on s'est planté et apprendre de nos erreurs. Et ce n'est pas parce que qu’il y a un risque d’erreur qu'on doit avoir peur. Si on est hanté par la trouille de l'échec ou du qu'en dira-t-on, on est tétanisé et on n'avance pas. 

Pensez-vous avoir un équilibre de vie entre l’aspect personnel et l’aspect professionnel ?

Oui car j’essaie de gérer les responsabilités familiales et responsabilités professionnelles en limitant au maximum le stress que cette tension entraîne. J’essaie de délimiter les moments de qualité avec les uns et de qualité avec les autres.

Je crois aussi que l’aspect personnel et professionnel peuvent ne former qu’une seule et même chose. Avec la vocation que j'ai trouvée dans ma thèse, je n'ai pas envie de prendre ma retraite car c'est une passion, ça m'intéresse et donc je ne vois pas pourquoi je m'arrêterais. Un peu comme les acteurs qui rêvent de mourir sur scène !

Comment gérez-vous votre environnement personnel au vu de votre succès professionnel ?

Ce qui est difficile parfois à gérer au-delà de la réussite professionnelle a proprement parlé, c'est le caractère international d’une carrière et d’une vie. Lorsqu’on devient un cadre international on change de références et on est absent au regard de ceux qui restent sédentaires. L'absence est pesante pour eux et ils vous en veulent de ne pas être là au quotidien et de ne revenir que pour les bons moments et les grandes occasions. Certains voient l'expatriation comme les vacances éternelles, comme si nous n’avions pas notre propre quotidien avec son lot de difficultés. Ce n’est donc pas tellement la réussite mais c'est surtout l'expatriation qui est parfois difficile à gérer avec certains amis ou membres de la famille. Par conséquent, on se crée de nouveaux réseaux d’expatriés comme nous (j’ai des amis qui ont vécu aux mêmes dates que moi à Londres, à New York, à Paris et en Asie). On garde aussi les amis sédentaires mais qui acceptent notre mode de vie, même s'il est très différent du leur. Ces amis viennent nous rendre visite, nous accueillent lorsque nous rentrons.

Et pourtant je n'ai jamais eu envie de me poser vraiment. À l'époque où je devais faire le tour du monde trois dans l'année (c'était le cas quand j'avais le Mexique et l'Indonésie comme marchés principaux) j'étais très fatiguée, j'avais mal au dos, je n'avais plus du tout envie de prendre l'avion. À ce moment-là j'ai eu vraiment envie de m'ancrer un peu plus quelque part. Mais surtout pas d'arrêter de bouger ! Car si j'arrête de voyager, je m'engourdis, je perds la perspective de l'ailleurs, de la différence, là où les tendances, la culture, la mode sont différentes et là où tout change si vite. Je m'enrichis de tout cela et c'est très important pour moi, ça me nourrit, donc en ce sens je ne souhaite pas arrêter de bouger.

Et puis au travers de cette vie internationale, mes enfants ont beaucoup voyagé. J’ai aussi toujours veillé à leur donner des repères fixes, comme la maison de mon arrière-grand-père en Bourgogne ou nous rentrons tous les ans ainsi qu'une maison au Portugal ou ils peuvent aller. Ils ont des racines claires et il le savent. C'est important.

Penses-tu que l’impact des femmes ait changé au cours des dernières années ?
Oui, c'est certain car il y en a de plus de femmes dans des postes de pouvoir. Ce qui est en train de se passer dans la société est très emblématique de ce qu'il se passe en entreprise. Les femmes en ont marre que des choses soient considérées normales quand elles ne le sont pas (harcèlement, salaires différents, progression de carrière, etc). Je crois que les choses ont beaucoup changé la société a encore du chemin à faire. J’ai été plutôt épargnée. Une seule fois dans ma carrière, on m'a dit que j'aurais été promue à la place de mon collègue si je n'avais pas été enceinte. Mais c'est une femme qui m'a dit cela !

Il y a cependant quelque chose que je remarque, quand je vais à des conférences de femmes. J'ai l'impression parfois de voir des armées de « femme-hommes ». Certaines femmes marchent avec les épaules en avant, comme si c'était des vrais mecs, avec une allure et des vêtements très sobres, strictes et masculins. Comme si l’on devait perdre sa douceur et sa féminité quand on monte les échelons. En France, avec la notion de distance hiérarchique, il y a une sorte de sévérité qui s'installe quand on monte en grade et pour les femmes c'est dommage car elles mettent parfois de côté plein de qualités qu'elles devraient, au contraire, nourrir en permanence et mettre en avant.

Je ne crois pas du tout qu’une autorité ne puisse pas être féminine. Le statut et l'autorité ne sont pas exclusivement masculins. La féminité est un ensemble et si on arrive à être pleinement femme, dans tous les aspects de la féminité, on arrive à des compétences managériales extraordinaires. Si on oublie notre féminité et qu'on la renie, on cède à une société qui essaie de nous mettre dans un moule, dans un cadre masculin ancestral. Les femmes doivent donc se battre mais peut-être pas toujours en utilisant les mêmes armes que les hommes.


D’après vous, quel est l’élément clé sur lequel les femmes devraient se concentrer actuellement ?
L'égalité de droit, une égalité devant la loi, une égalité des chances dans l'entreprise et tout cela en maintenant sa féminité. Il faut accepter qu'il y a des hommes et des femmes, que nous sommes différents et qu’ensemble nous pouvons créer des entreprises, des organisations, des sociétés qui sont plus intéressantes, plus riches et plus diversifiées. Les femmes doivent continuer à se battre pour une égalité de traitement mais pas une égalité de comportement.


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